Sur les traces des gaulois en Bourgogne

Date

Du 4 au 6 mai 2026, les élèves latinistes et hellénistes sont partis sur les traces des Gaulois en Bourgogne. Bravant la pluie, ils ont découvert plusieurs cités, dont celle d’Alésia, Autun et bien-sûr Bibracte. Découvrez ci-dessous le récit de leur voyage, mais aussi des comptes rendus détaillés de leur visite.

Carnet de voyage, par Elise Pons

Lundi 04 :

            Ce matin, départ très tôt pour Alésia : rendez-vous fixé à 5h30 devant le lycée !

Une fois tout le monde arrivé, plus ou moins réveillé, nous sommes partis à 6h en car, conduit par notre chauffeur Nabil. Le trajet c’est bien déroulé : petite sieste pour les uns et papotes pour les autres.

A 9h35, notre car s’est finalement garé au muséoparc d’Alésia. Nous avons tranquillement patienté sous la bruine avant d’être accueillis par deux guides, qui nous ont séparés en deux groupes pour la visite.

Durant près de 2 heures, notre guide nous a fait parcourir le musée à travers une enquête : il fallait retrouver l’identité d’un cadavre et la cause de sa mort seulement à partir des objets retrouvés autour de lui (une fibule, une bague, un carreau, une balle de fronde, un stylet, des pièces de monnaies et un parchemin). A partir d’une fiche d’identité pour chacun et des vitrines du musée, nous avons pu comprendre leur fonction et définir l’identité du mort et la raison de son décès (une histoire de concurrence entre Jules César et Pompée : quelle rivalité politique extrême…).

Le midi, nous nous sommes réfugiés dans une salle pour pique-niquer, puis nous avons enchaîné avec une visite guidée du musée en lui-même. En parcourant chaque salle nous avons pu découvrir notamment le déroulé de la bataille d’Alésia, l’organisation d’un camp de l’armée romaine et celle d’Alésia, en pleine romanisation.

Lors la visite, Mme.ABERGEL a croisé une de ses anciennes élèves qui maintenant vit en Allemagne : improbable !

Notre dernière étape dans le musée s’est fait dans l’exposition temporaire centrée sur Jules César. Nous avons pu ainsi voir par exemple de belles pièces de monnaies gravées avec l’effigie de celui-ci ou d’éléphants, et des tableaux représentant ses 4 Triomphes à Rome.

Cependant, au moment de partir, lorsque Mme.LACAZE nous a tous rassemblés et comptés, il manquait 2 élèves !… Ils s’étaient en fait arrêtés dans une salle du musée, loin de nous tous… 😉

Nous avons retrouvé le car, direction : le gîte du Croux !

Avant d’y arriver, nous avons néanmoins fait un petit crochet pour dire bonjour à la statue de Vercingétorix en haut d’une colline, d’où nous avons pu faire une photo de groupe à ses pieds, tels les armes qu’il a remises à Jules César. Mais le paysage était très beau aussi. 🙂

Et enfin, le Croux. Celui-ci est situé en plein milieu de la campagne. D’où les nombreux chevaux croisés sur la route, ressemblants à des vaches car tachetés de marron  sur leur robe blanche.

A notre arrivée, nous sommes allés directement manger et s’installer chacun dans sa maison (il y en a 3, toutes mignonnes). Le soir certains d’entre nous sont allés faire une balade dans la forêt à côté du gîte pendant que d’autres se sont reposés dans leur chambre, après une belle mais longue journée !

Mardi 05 :

            Aujourd’hui, nous sommes allés à Bibracte durant toute la journée. Nous y avons été séparés en 3 groupes afin d’être chacun pris en charge par une guide, et visiter ce grand site archéologique gallo-romain et aujourd’hui centre européen de fouilles. Nous avons notamment découvert des vestiges de domus, du rempart de la ville antique et des lieux de fouilles. Mais la signification d’un énorme trou antique aménagé au beau milieu de la voie principale de l’ancienne ville reste en suspense…

A midi nous sommes rentrés dans le musée du site, trempés, à tel point qu’on nous a dit d’enlever nos chaussures : nous avons donc pu déambuler le temps du midi en chaussettes dans le musée !

L’après-midi a été consacré à la visite guidée de celui-ci, toujours en groupe. Nous avons pu admirer par exemple des amphores, clés, pièces de monnaie, mosaïques et bijoux antiques. Pour conclure ce tour, deux groupes ont pu reconstituer une domus gallo-romaine en replaçant ses différentes pièces à leur emplacement sur une maquette tandis que troisième groupe a pu effectuer de petites fouilles, en utilisant les outils des archéologues.

Avant de repartir du musée, nous avons pu en refaire le tour et compléter notre carnet de voyage, ce qui a été pour certains également l’occasion de passer par la boutique et remporter de quoi s’instruire, des souvenirs ou encore des gourmandises !

Rentrés au gîte vers 17h, nous avons eu le temps de faire des jeux de société et de profiter de la forêt qui se tient à notre porte, en partant en balade entre amis. Mais un groupe de 1eres s’est fait attrapé en flagrant délit : en train de travailler ! Mais quand Mme.MELET les a aperçus, ils ont été grondés pour ne pas assez profiter encore de quelques jours de vacances, quand même !…;)

Le dernier repas était un repas de fête : pizzas en plat et choux fourrés en dessert, le tout fait maison ! Un délice… Un grand merci à nos hôtes-cuisinières !

Après manger, alors que certains se rendaient en forêt pour se balader une nouvelle fois, d’autres se sont retrouvés pour faire une soirée jeux de société : élèves et profs se sont concurrencés lors d’un time’s up ou encore d’un crack-list. Mais il reste certain que la majorité d’entre nous (si ce n’est la totalité) a admiré la vue incroyable du coucher de soleil entre les collines de conifères !

Mercredi 06 :

            Ce matin, dernier petit-déjeuner au gîte… Après avoir rangées nos valises dans le car, nous sommes partis : direction Autun !

Comme d’habitude, nous nous sommes séparés en deux groupes. Durant une demi-journée, nous avons suivi un guide pour faire le tour de cette ville qui regorge de bâtiments antiques. Ainsi nous avons pu contempler le temple dit de Janus, les portes de Saint André et d’Arroux, des bouts de remparts (médiévaux et antiques) ainsi que le théâtre romain ! Étant loin les uns des autres, nous nous sommes déplacés en car pour les atteindre tous (ce qui nous permettait également d’éviter la pluie : yes!).

Au premier arrêt, nous nous sommes fait la remarque suivante entre nous : « Eh, vous ne trouvez pas que ce guide a une tête de prof de maths ?! ». Et, lorsque ce dernier s’est présenté, la première chose qu’il nous ait dite est qu’il était prof de maths avant de devenir guide ! Ah là là… qu’est-ce qu’on aurait pas deviné… !

Durant la seconde demi-journée, une autre guide nous a expliqué le fonctionnement des domus, puis nous l’avons suivie dans le musée de la ville à l’intérieur duquel nous avons pu découvrir des mosaïques, sculptures et peintures. Pour terminer, la guide nous a proposé de trier ce qu’on peut trouver en fouille, c’est-à-dire essentiellement des bouts de différents types de pierres, de tuiles, de mosaïques ou encore de vases. Certains ont même ensuite pu découper à la bonne taille des bouts de mosaïques en se servant des outils déjà utilisés à l’époque antique !

Enfin, avant de prendre le chemin du retour, nous avons fait un arrêt à la cathédrale Saint-Lazare, et un dernier tour dans le centre-ville, pour dénicher des souvenirs… ou de la nourriture.

Notre superbe voyage en Bourgogne s’est finalement conclu après 3 jours hors du temps ! (heureusement qu’il ne nous reste qu’un seul jour de cours avant un we de 3 jours !)

Le siège d’Alésia, Antoine et Louise Fontenel, Maxence Figadere et Alexandre Haidar

Le siège d’Alésia est une bataille décisive de la fin de la guerre des Gaules qui voit la défaite d’une coalition de peuples gaulois menée par Vercingétorix face à l’armée romaine de Jules César. Elle se déroule entre les mois de juillet et de septembre 52 av. J.-C.

Quelques mots tout d’abord sur les deux chefs ennemis, Vercingétorix et Jules César : au moment de la guerre des Gaules (entre 58 et 52 av. J.-C.)César a fait une alliance politique avec Crassus et Pompée afin de se partager le pouvoir et il a obtenu le proconsulat des Gaules (Gaule transalpine et Gaule Cisalpine, des deux côtés des Alpes donc). En menant une guerre en Gaule, César cherche à faire parler de lui à Rome. Cette guerre sert donc son objectif politique : une victoire glorieuse lui permettrait de briguer le pouvoir suprême.

Vercingétorix, chef de la tribu gauloise arverne, n’est pas à l’origine un ennemi de César, au contraire. Il a lui-même servi dans l’armée romaine en tant qu’allié et a été un officier de Jules César.

Le déclenchement de la guerre des Gaules montre bien que César profite de la division des Celtes pour s’immiscer dans les affaire internes de la Gaule et même envahir la Gaule : les Eduens appellent en effet leur allié romain à l’aide face à un autre peuple celte qui les menace en voulant traverser leur territoire (les Helvètes, tribu installée en Suisse souhaitent s’installer en Aquitaine, mais ils massacrent tout sur leur passage). Les Romains interviennent donc d’abord pour repousser les Helvètes et les reconduire manu militari chez eux. Puis, les légions de César continueront à prêter main forte à diverses tribus gauloises qui se font la guerre (contre les Germains par exemple).

Conscients de la manipulation opérée par César qui profite de leurs dissensions pour s’implanter durablement en Gaule, les Gaulois finissent par se coaliser. Et c’est Vercingétorix qui prend la tête de cette coalition en -53. Plusieurs batailles ont lieu, parfois en faveur des Romains, parfois en faveur des Romains.

Après une victoire importante des Gaulois à Gergovie au printemps 52, alors que l’armée romaine décide de se replier vers la Gaule transalpine (province romaine), l’armée gauloise cherche à affronter l’armée de Jules César. Celle-ci bénéficie cependant de renforts germains (cavaliers) et force l’armée gauloise à se replier et à s’enfermer dans la l’oppidum d’Alésia situé sur une hauteur naturellement protégée et fortifiée par des remparts imprenables de 4 mètres d’épaisseur, le fameux « murus gallicus » construit en terre, pierres et traverses de bois clouées. L’objectif de Vercingétorix est d’attendre une armée de secours gauloise pendant que les Romains s’épuisent dans un siège difficile.Selon Jules César, l’armée de Vercingétorix était composée de plus de 80 000 hommes alors que lui-même ne disposait que de 40 000 hommes.

On peut donc légitimement se poser la question suivante :

Comment une armée romaine pourtant inférieure en terrain hostile a-t-elle réussi à vaincre l’union des peuples gaulois menée par Vercingétorix ?

César comprend qu’un assaut direct coûterait trop de pertes. Il choisit donc une stratégie d’encerclement. Les Romains construisent une immense ligne de fortifications appelée « circonvallation », longue d’environ 15 kilomètres, tournée vers la ville afin d’empêcher toute sortie des Gaulois. Cette ligne comprend des fossés, des palissades, des tours de surveillance et des pièges dissimulés dans le sol. Les légionnaires travaillent jour et nuit pour terminer ces défenses.

Mais César grâce à ses espions prend conscience de la tactique Gauloise et craint surtout l’arrivée d’une armée gauloise extérieure estimé à 240 000 hommes. Il fait alors bâtir une seconde ligne fortifiée, appelée « contrevallation », tournée vers l’extérieur et longue d’environ 21 kilomètres. Les Romains se retrouvent ainsi entre deux ennemis : les assiégés d’Alésia et les renforts gaulois qui approchent.

À l’intérieur d’Alésia, les vivres commencent rapidement à manquer. Au bout d’un mois de siège environ, ils se trouvent contraints d’expulser les bouches à nourrir inutiles (femmes, enfants, vieillards), qui resteront piégés entre les deux lignes de fortifications romaines et y mourront de faim. Vercingétorix tente plusieurs sorties de cavalerie pour briser l’encerclement et créer une brèche dans les fortifications romaines, mais les cavaliers germains alliés des Romains repoussent toutes les attaques. Quelques jours plus tard, l’immense armée de secours gauloise arrive et attaque simultanément les fortifications romaines pendant que les hommes enfermés dans la ville attaquent de l’intérieur aux mêmes endroits à l’aide de la technique de l’enclume et du marteau.

Les Gaulois cherchent les points faibles des lignes. Lors de l’assaut principal, les troupes gauloises réussissent presque à percer les défenses romaines au nord-ouest du dispositif. César intervient alors personnellement avec ses réserves et envoie sa cavalerie contourner les assaillants. Pris de panique les Gaulois se replient.

Après l’échec de cette attaque, l’armée de secours abandonne le combat. Isolé et sans nourriture, Vercingétorix comprend que la défaite est inévitable. Il se rend à César pour éviter le massacre de ses hommes. Cette victoire permet à Rome de prendre définitivement le contrôle de la Gaule et marque un tournant majeur dans l’expansion romaine en Europe occidentale.

La guerre des Gaules aura duré 7 ans, et se termine donc le 27 septembre -52 par le siège d’Alésia. La Gaule dite « chevelue » devient une province entièrement romaine.

Et après la guerre des Gaules ? Après sa glorieuse victoire en Gaule, le retour à Rome ne sera pas simple pour Jules César car il devra affronter un autre adversaire dans la course au pouvoir à Rome : Pompée. Celui-ci le déclare ennemi du peuple romain et veut sa mort. César devra engager ses troupes dans une guerre civile sur le territoire romain. Après sa victoire totale en Gaule et en Italie, Jules César se montre sans pitié envers les Gaulois: après les avoir piégés, enfermés, affamés… il fait prisonnier les soldats gaulois capturé à Alésia et les vend comme esclaves pour financer les coûts de cette guerre, et en faire un profit. Vercingétorix est emprisonné à Rome pendant de longue année avant de mourir étranglé, lors du triomphe de Jules César (fin de l’été -46). Cévennes sont rapidement soumis et érigés en province romaine : c’est la Gaule transalpine.

Bibracte : une capitale gauloise sous influence romaine, par Clotilde Baudru

Bibracte est une ancienne cité gauloise, capitale des Eduens. Elle s’est notamment développée au 1er s av. JC. C’était un oppidum, c’est-à-dire un lieu fortifié établi sur une hauteur, ici sur le mont Beuvray (en Bourgogne). Elle s’étendait sur environ 135 hectares et était habitée par 5000 à 10 000 habitants. Cet oppidum était entouré par deux remparts de 5km et 7km. Ces remparts servent à la protection, se voient de loin, en plus du fait que la ville est située en hauteur et montrent que la ville est importante.

            Les Eduens étaient amis et alliés du peuple romain. En -58, au début guerre des Gaules, Jules césar vainc les Helvètes. Les Eduens se rallient à la cause gauloise mais les Romains les traitent quand même avec clémence ; César séjourne d’ailleurs à Bibracte en -52 -51. La ville a ensuite connu une période de prospérité pendant plusieurs décennies après la fin de la guerre. Sa romanisation est déjà avancée à ce moment.

Cependant, après la fondation d’Autun à 25km de Bibracte (nouvelle capitale des Eduens) sous le règne d’Auguste en 15 av JC, Bibracte est peu à peu délaissée par ses habitants. Certains cultes perdurent malgré tout et certaines habitations aristocratiques continuent à être entretenues pendant un certain temps. La classe dominante aurait souhaité s’installer dans la plaine pour s’adapter au modèle romain des villes et l’emplacement d’Autun était plus stratégique car la ville était située sur les principaux axes de communication.

Un rempart à toutes épreuves : le murus gallicus, Jules Chevalier et Lucas Roffet

Le murus gallicus était un mur imposant de 4 à 5 mètres de haut en moyenne et large d’une dizaine de mètres. Il est constitué de pierres de taille de chaque côté, soutenus par une armature de poutres de bois (chênes) liées entre elles par des clous de 40 centimètres de longs. L’espace entre les deux faces est rempli de terre et de cailloux. Il résiste ainsi aux tentatives de perforages par bélier et aux attaques par le feu.

Tous les oppida celtiques, jusqu’en Hongrie, possèdent un murus gallicus qui sont tous construits de la même façon.

Dans La Guerre des Gaules (De bello gallico), Jules César décrit le murus gallicus de Bourges (Avaricum) comme un mur infranchissable, ses tentatives de prendre l’oppidum butant sur l’efficacité de celui-ci.

Alésia en étant équipé, César n’a pas pu attaquer de front l’oppidum et a été contraint à en faire le siège.

L’architecture du musée de Bibracte, par Jérémie Renaudin

Le projet de musée à Bibracte voit le jour au milieu des années 1980 sous l’impulsion du président François Mitterrand. A cette époque, l’Etat souhaite revaloriser le passé gaulois de la France et dans cette optique, a soutenu la recherche concernant les fouilles sur l’ancien emplacement de la cité éduenne de Bibracte.

BIBRACTE 2026 5

En 1990, un concours est lancé pour savoir qui sera chargé de réaliser l’architecture du musée de Bibracte ; il y avait une seule règle :  créer trois composantes en relation étroite les unes avec les autres (le site, le musée, le centre de recherche). Pierre-Louis Faloci gagna le concours avec une idée assez originale et qui fusionne parfaitement avec le site archéologique déjà présent, mais le seul bémol est que les trois parties son éloignées de plusieurs kilomètre les unes des autres. Le musée en lui-même est une métaphore de l’archéologique, avec une construction basée sur l’étagement (symbole des différentes strates archéologiques) : âge de la pierre taillée, âge de la pierre polie, âge des métaux… elles sont représentées dans un ordre chronologique du bas vers le haut grâce au matériaux utilisés : un socle en pierre brute pour le Paléolithique, des murs soulevés en granit poli pour le Néolithique, une toiture en zinc pour l’âge de bronze… à l’intérieur, on peut observer une organisation des salles assez originale étant donné qu’elles ont pour but de rappeler  les site archéologiques avec sa disposition en carrés (quadrillage par zones afin de conserver de façon rigoureuse l’emplacement exact de chaque objet). Ce musée se compose également de grandes baies vitrées ; l’architecte explique : « Ce travail doit beaucoup à Georges Méliès (1861-1938), un des pères du cinéma : il s’était bâti un atelier semblable à une serre (la chambre claire), et des dispositifs pour faire varier la lumière, jouer sur les transparences et les opacités ; des éléments de décors mobiles composaient des volumes par des jeux de sélection et de découpe de la lumière naturelle, comme le font la caméra ou la photographie. De même, au sein du musée, les variations de lumières et les ombres portées redessinent en permanence les espaces. » Le musée de Bibracte a reçu en 1996 l’Équerre d’argent, prix qui récompense le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre d’un bâtiment édifié sur le sol français. En 2025, le musée et le centre archéologique sont labellisés par le ministère de la culture au titre de l’architecture contemporaine remarquable.

La fondation théorique d’une ville chez les Romains, Tom Vautier et Raphaël Corbillon

Lors de la fondation d’une ville, les Romains suivaient des rites très précis et bien définis : ceux-ci étaient composés de 4 étapes : Inauguratio, Orientatio, Limitatio, Consecratio.

Tout d’abord, il fallait une autorisation de l’empereur qui envoyait des experts afin de choisir un lieu stratégique et intéressant d’un point de vue logistique. Les Romains cherchaient souvent un lieu en hauteur, le plus souvent sur une colline. Il y avait également l’enjeu de l’eau : il fallait impérativement un cours d’eau à proximité, et éventuellement de grande taille afin de faciliter l’acheminement de marchandises vers la future ville.

Le rituel pouvait alors commencer. Un augure, devin officiel de la Rome Antique, traçait d’abord un templum, espace circulaire ou rectangulaire dans lequel il se plaçait pour observer les signes divins et ainsi connaître la volonté des dieux. C’est l’Inauguratio.

Le fondateur et l’augure déterminaient ensuite l’emplacement du decumanus maximus, voie principale orientée d’Est en Ouest dans une ville romaine, et choisissaient l’endroit où celui-ci serait coupé par le cardo Maximus, axe Nord-Sud. Il s’agit de l’Orientatio. Ce point d’intersection devenait alors le centre de la ville, et souvent le forum. A partir de ces grands axes était ensuite organisé le quadrillage des rues.

Venait ensuite l’étape de la Limitatio. Le fondateur de la ville traçait un sillon à l’aide d’une charrue tirée par une vache et un bœuf. Celui-ci délimitait l’enceinte sacrée qui ne correspond pas forcément à l’enceinte défensive de la cité. Là où seraient les portes, il soulevait la charrue pour laisser un espace. Cette enceinte fictive, le pomoerium, avait une grande importance. Il était en effet interdit de pénétrer à l’intérieur en portant des armes. L’emplacement des principaux monuments était ensuite choisi à l’intérieur de cette limite.

Enfin, laConsecratio était l’étape finale. La ville était placée sous la protection des dieux par des rites religieux, des prières et des sacrifices. Elle devenait ainsi officiellement sacrée et reconnue comme une ville romaine.

La fondation d’une ville romaine combinait donc en résumé religion et urbanisme : on consultait d’abord les dieux, on déterminait ensuite l’emplacement des deux axes principaux, on délimitait l’enceinte et enfin on la plaçait sous la protection divine.

BIBRACTE 2026 9

Rites funéraires gallo-romains, Milena Libert, Marissa Hubert-Demarque, Sophie Weiss

Une importance particulière doit être accordée aux nécropoles (cimetières), d’abord en raison de leur position par rapport à la ville antique. Généralement situées le long des axes de communication, elles sont toujours placées en dehors des agglomérations, comme l’exige la loi romaine car à cette période les gallo-romains pensaient que pendant la nuit, les morts allaient revenir les hanter en particulier le soir de la fête des morts (les Parentalia au mois de février et les Lemuria au mois de mai). Mettre les nécropoles en dehors de la ville empêcherait donc les morts d’arriver avant le lever du jour. Elles contribuent aussi à en préciser les limites urbaines sur une période donnée.

Inhumation et incinération coexistent même si le rite de la crémation reste prédominant au cours des deux premiers siècles. De la sorte, sous le Haut-Empire, le corps est déposé sur un bûcher à ciel ouvert, accompagné d’objets personnels (vêtements, bijoux..) et de récipients contenant des aliments. Les ossements sont ensuite recueillis et placés dans une urne que l’on dépose dans une fosse, en même temps qu’une partie des objets brûlés ou non. Il peut s’agir d’une urne en plomb, d’un simple vase en céramique ou en verre et parfois d’un coffret en bois.

C’est lorsque nous nous sommes rendus sur l’Oppidum de Bibracte sur le site de fouilles archéologiques (là où vivait le peuple des Eduens à l’époque) que nous avons appris ces éléments sur les rites funéraires gallo-romains. Ensuite nous avons visité le musée archéologique de Bibracte pour terminer sur une activité. 

On nous a apporté des urnes funéraires remplies de terre et d’objets avec lesquels le défunt avait été enterré. Nous étions munies de pelles et de pinceaux afin d’avoir une approche minutieuse.

Dans notre urne nous avons trouvé un morceaux d’ambre, une fibule en fer, l’orle (bordure) de l’étui d’une épée, un pot en terre cuite, du pain carbonisé et encore d’autres choses. Les éléments que l’on retrouve dans ces urnes nous permettent d’identifier à peu près le défunt. Par exemple si l’on trouve un rasoir, un bracelet de verre, une fibule en or cela montre la richesse du défunt et cela nous donne une piste sur sa classe sociale. Dans notre cas avec les objets évoqués ci-dessus nous avions affaire à un homme aux moyens modestes qui était possiblement guerrier. Grâce à cette journée à Bibracte nous avons appris beaucoup de choses sur les Gallo-Romains, tant sur leurs coutumes que leurs croyances ou leurs superstitions. C’était très intéressant et faisait écho avec nos cours de latin ce qui nous a permis de comprendre plus facilement. 

BIBRACTE 2026 10

La construction du mythe gaulois, Nina Aggiouri 2nd7

Quand nous parlons des Gaulois, il nous vient à l’esprit différents clichés. En lisant le titre de cet article, il vous est sans doute venu en tête ces personnages sympathiques aux longues tresses et aux casques ailés. D’autres imaginent des peuples nomades et sauvages, chassant le sanglier et ne pouvant rivaliser avec la modernité du monde gréco-romain.

Dans cet article, vous comprendrez d’où nous provient cette légende qui perdure encore et reste gravée dans notre imagination, une image complètement fausse cependant de la civilisation gauloise.

BIBRACTE 2026 11

Remontons jusqu’à Jules César. En écrivant La Guerre des GaulesDe Bello Gallico en latin – le dictateur fait subtilement de son livre un outil de propagande. Il détaille chaque peuple, montrant combien les Romains sont puissants même dans leurs échecs et se doivent de dominer le monde. Dans son récit, Jules César narre les défaites et les victoires des Gaulois uniquement de son point de vue, notamment la bataille d’Alésia et la soumission des Gaulois, racontées sans aucun doute avec un manque d’objectivité. L’homme politique Cicéron n’a pas hésité à qualifier ces peuples de barbaros (barbares), d’êtres non-civilisés et parfois cruels. « Nos ancêtres les Gaulois » (formule qui prête aujourd’hui sujet à controverse) sont longtemps restés cantonnés à l’image de barbares tapis dans l’ombre des Romains.

Au XIXe siècle, Napoléon III, érigera une statue représentant Vercingétorix (à Alise-Sainte-Reine). Son but étant de construire l’identité de la France, il fait des Gaulois nos ascendants. La réalité est autrement plus complexe, la Gaule étant un tissu de plusieurs peuples très divisés (les Eduens, les Arvernes, les Helvètes…), et seulement unis par des rites et des croyances communs.

Par ailleurs, la statue commandée par Napoléon III regorge de stéréotypes. Le Vercingétorix sculpté porte une moustache et des cheveux longs, qui n’étaient pas particulièrement à la mode pendant la fin de l’âge de fer (Ie siècle av. J.-C.) ainsi qu’un collier aux lourdes perles, alors que les Gaulois façonnaient des bijoux en verre. Ses chaussures de randonnée ne sont évidemment pas de cette époque et la forme de son épée date de l’âge de bronze. D’autres bévues, l’âge trop mur du chef gaulois par exemple, sont également visibles.

En aucun cas cette statue n’est représentative de la mode du monde gaulois, de leur rapport à la guerre et aux armes, et de leur complexité. D’autres symboles sont également attribués aux Gaulois en raison des erreurs d’interprétation des architectes et des traducteurs de l’époque, notamment le coq, dont le nom latin se rapproche de celui donné aux Gaulois : gallicus. Ou encore le casque ailé, attribut repris par Goscinny et Uderzo dans leur série Astérix et Obélix, méprise des architectes ayant retrouvé des casques aux protèges joues retournés.

Un architecte du XIXe siècle se démarque des autres : Jacques Gabriel Bulliot. Il a entrepris des fouilles ambitieuses à Bibracte – que nous avons pu observer au cours de notre voyage, et a découvert plusieurs informations intéressantes. Malheureusement, les fouilles ont été interrompues par la guerre franco-prussienne de 1870 puis par les deux guerres mondiales et n’ont pu reprendre finalement qu’à la fin du XXe siècle.

Ce n’est donc que très tardivement que nous avons saisi la richesse de la civilisation gauloise : un tissu de peuples avec des coutumes, une cosmogonie, une architecture mêlés à la culture romaine. Mais peut-être cherchons-nous trop désormais à glorifier ces peuples ? Peut-être aurons-nous toujours une vision faussée des Gaulois ?

BIBRACTE 2026 12
Astérix légionnaire ? Goscinny et Uderzo, 1966

Les Gaulois vus par les historiens grecs, Théodore Lebbad-Doublet et Corwin Maille

Les Gaulois ont pâti pendant longtemps des préjugés xénophobes que les Grecs ont véhiculés à leur sujet ; les Grecs, qui se considéraient eux-mêmes comme la nation la plus civilisée, jugeaient en effet les autres nations à l’aune de leurs propres critères culturels et les historiens grecs ont ainsi rapporté des exemples (pour certains très douteux ou exagérés) de la supposée barbarie des Gaulois qui ont faussé l’image que l’on a eue des Gaulois jusqu’au XXe siècle.

Polybe (historien grec du IIe siècle av. J.-C.) :

Dans son ouvrage Histoires au livre II, l’historien décrit le comportement des Gaulois durant la bataille de Télamon opposant, en août 225 av. J.-C, les Romains aux Gaulois cisalpins d’Italie du Nord. Dans cet écrit, l’auteur nous montre que les Gaulois sont effrayants sur le champ de bataille grâce à leur physique mais aussi grâce à leur stratégie. En effet, Polybe ne décrit pas les Gaulois uniquement comme des barbares ; nous le remarquons lors de ce passage : « l’armée gauloise à deux fronts n’était pas seulement terrible à voir, mais aussi très bien organisée pour l’action ». L’historien souligne ici que les Gaulois ont une capacité stratégique importante et ne sont pas seulement effrayants physiquement. Néanmoins, il soutient également l’idée que les Gaulois sont des peuples peu civilisés et sauvages. Ils ne sont à peine habillés durant les combats : « Les Insubres et les Boiens (peuples gaulois) marchaient au combat revêtus de leurs braies et de leurs sayons les plus légers […] entièrement nus. ». A travers ce passage, Polybe décrit aussi leur intelligence militaire, les Gaulois se dénudant pour « être plus à l’aise », mais aussi leurs qualités : les Gaulois ont ainsi une « vanité téméraire » (qualité qui peut également être considérée comme un défaut).

Diodore de Sicile (historien grec du Ie siècle av. J.-C.) :

Dans la Bibliothèque historique, l’auteur nous décrit le comportement des Gaulois durant les guerres et les voyages. Il montre tout d’abord que les Gaulois se caractérisent par leur bravoure au combat, (« ils bravent la mort jusqu’au point de se jeter dans la mêlée ») malgré leur façon de combattre qui se rapproche de celle de « barbares ». Ils combattent ainsi « entièrement nus » et « tâch[ent] d’inspirer de la frayeur » à leurs ennemis. Diodore de Sicile décrit ensuite l’orgueil des Gaulois face à leurs ennemis. Il montre qu’ils se vantent de la « gloire de leurs ancêtres » et de leurs « vertus ». Cette condescendance les amène même à être cruels selon l’auteur : ils ne respectent pas les dépouilles de leurs adversaires et s’en vantent. Il « suspendent ainsi au col de leurs chevaux les têtes des soldats, […] tués à la guerre » et « leurs serviteurs portent devant eux les dépouilles encore toutes couvertes du sang des ennemis ». Cette ostentation pour mettre en valeur la gloire des Gaulois est décrite comme « barbare » par Diodore qui dénonce ce comportement comme inhumain et irrespectueux. Selon ses dires, les Gaulois refusent de rendre les cadavres de leurs ennemis par gloire et pour empêcher la construction de sépultures. Cela prouve que Diodore les considère comme inhumains, voire comme des bêtes, ce que l’on peut voir dans la proposition suivante décrivant le comportement des Gaulois : « il est contre l’humanité de faire la guerre à des ennemis morts »

Strabon (géographe et historien grec du Ie siècle av. J.-C.) :

Dans le chapitre 2 du livre 4 de Géographie, l’auteur décrit le rôle des acteurs dans la guerre des Gaules (Gergovie, Alésia). L’historien et géographe grec Strabon, a un profond respect pour les Arvernes, l’un des peuples gaulois les plus influents de l’Antiquité. Il reconnaît en effet leur puissance militaire, eux qui se sont opposés seuls aux Romains et ont conquis une partie de la Gaule avec des territoires allant jusqu’à Narbonne et jusqu’aux confins de la Massaliotide. Il montre ainsi que les Gaulois ont opposé des « armées fortes de 200 000 hommes, voire du double » avec l’exemple de Vercingétorix qui a combattu le « divin » César avec une armée de 400 000 hommes. Strabon vante ensuite la richesse de leur noblesse, notamment de Luerius, père du célèbre chef de guerre Bituit qui, disait-il, affichait son opulence depuis son char et jetait des pièces d’or et d’argent à la foule.

L’opinion des grecs sur les Gaulois a donc évolué au cours du temps et variait en fonction des auteurs : certains considéraient les Gaulois comme des peuples non civilisés comme Polybe et Diodore de Sicile, quand d’autres les considéraient pour leur bravoure comme Strabon.

Vivre à Rome : Les différentes habitations du monde romain, Farah El Khatib

Dans la Rome antique, il existait deux grands types d’habitations : on trouvait la domus, maison des familles riches, et les insulae, immeubles où vivaient les habitants plus pauvres. Les insulae étaient des immeubles à plusieurs étages souvent petits et bruyants, contrairement aux domus, ce qui montrait les différences entre riches et pauvres dans la société romaine.

La domus était grande et bien décorée. On entrait par l’atrium, la pièce principale ouverte sur le toit avec un bassin pour récupérer l’eau de pluie. Autour se trouvaient les cubicula (chambres). Le tablinum était le bureau du maître de maison. Les repas étaient pris dans le triclinium, la salle à manger. La culina était la cuisine, souvent petite. À l’arrière, le péristyle était un jardin entouré de colonnes, utilisé pour se détendre (influence grecque). Dans les domus, les Romains bénéficiaient parfois de thermes privés et de décorations comme des statues, des mosaïques, des fresques murales….

A Bibracte, plusieurs riches notables s’étaient ainsi fait construire de belles demeures citadines sur le modèle de la domus romaine.

A la campagne, on trouvait aussi de grandes propriétés terriennes avec une grande maison (sur le modèle de la domus, mais plus étendue et comportant de très nombreuses pièces), des dépendances et beaucoup de terres cultivées autour.

Les thermes romains, Oleksii Fomin

BIBRACTE 2026 15

A Bibracte, il nous a été possible d’observer des canalisations alimentant une domus possédant ses propres thermes privés. Cependant, l’architecture de la maison et son orientation font douter de son réel fonctionnement. Une hypothèse est que le (probablement riche) propriétaire de la maison s’était fait séduire par le confort et le luxe à la romaine avait voulu se faire construire une maison sur le modèle romain mais sans que le chef des travaux soit tout-à-fait au fait des subtilités de l’ouvrage !

Canalisation et réservoir le long d’une domus à Bibracte :

Les thermes (en latin thermæ, du grec ancien θερμός / thermós, « chaud ») sont des établissements de bains publics pendant l’Antiquité. Les premiers témoignages de l’histoire thermale (c’est-à-dire l’utilisation des eaux chaudes à usage médical) ont été datés de 3 000 ans av. J.-C.

Un four chauffe de l’air qui circule par des tuyaux de briques creuses sous le sol surélevé et les parois murales constitués de dalles de pierre. Au contact de l’eau, il produit un vent de vapeur et porte l’eau à température. La multiplication des thermes dépend donc du développement du réseau hydraulique.

Système de chauffage au sol dans les thermes privatifs d’une domus à Bibracte (avec les piles de briques permettant de surélever les dalles) :
BIBRACTE 2026 18

La pratique du bain chez les Romains s’inspire de celle attestée en Grèce depuis la fin du Ve siècle av. J.-C. Les thermes de Stabies à Pompéi, fonctionnels dès le IVe siècle av. J.-C., s’organisent autour d’une palestre centrale, élément typiquement grec, mais ne se composent au départ que de bains froids alimentés avec l’eau d’un puits. Les premiers bains tièdes et chauds apparaissent durant la deuxième moitié du IIe siècle av. J.-C. avec la diffusion du principe de l’hypocauste (en latin hypocaustum, système de chauffage utilisé à l’époque romaine et notamment au sein des thermes et des bains) dans le monde romain que Pline l’Ancien attribue à Caius Sergius Orata.

            Les premiers thermes sont privés et seules les villas des classes aisées disposent de bains. En 19 av. J .-C. les premiers thermes publics de taille monumentale sont édifiés par Marcus Vipsanius Agrippa, édile puis curateur des eaux. Ils nécessitent la construction d’un nouvel aqueduc, l’Aqua Virgo et d’un système d’évacuation performant. En 11 av. J .-C . un sénatus-consulte (décision de sénat qui fait office de loi) accorde la gratuité de l’eau au propriétaire des thermes et en garantit ainsi l’accès aux citoyens les plus pauvres. Sous l’Empire, l’entrée des thermes coûte un quadrans soit un quart d’as, une somme dérisoire.

BIBRACTE 2026 19
L’aqueduc de l’Aqua Virgo, plus ancien aqueduc romain encore en service. Il alimente aujourd’hui la fontaine de Trévi

Le parcours d’un baigneur :

            Le Romain qui se rendait aux thermes passait tout d’abord à l’apodyterium (parfois écrit apoditerium, du grec ancien : ἀποδυτήριον, « déshabilloir ») c’est-à-dire aux vestiaires, puis s’adonnait aux activité physiques de son choix, prenait un bain froid au frigidarium, suivi d’un bain tiède au tepidarium puis d’un bain chaud au caldarium. A la manière des Grecs, les Romains s’enduisaient d’huile et raclaient leur peau pour la nettoyer à l’aide d’un strigile. La première phase du parcours s’achevait par un séjour dans l’étuve pour faire suer et purifier le corps. Un masseur et un épilateur offraient aussi leurs services. Lors d’une seconde phase, le Romain effectuait le parcours inverse jusqu’au frigidarium où les pores de la peau se resserrent pour se fortifier.

            Les thermes ne sont pas mixtes, mais les femmes accédaient aux bains par des salles réservées en périphérie du bâtiment central. Par contre les citoyens de tout rang social s’y côtoyaient de manière indifférenciée. Amis ou simples citoyens conversent, suivent des conférences à moins qu’ils ne préfèrent lire dans la bibliothèque ou se promener sous les portiques et dans les jardins attenants.

            Peu à peu, les thermes s’ornent d’œuvres d’art, de mosaïques, de tableaux, de statues pour le plaisir des yeux.

Comparaison entre architecture romaine et grecque, Ahlem Ghribi et Méline Roussel

Du Ve au IVe siècle av. J.-C., l’architecture romaine adopte certains aspects de l’architecture de la Grèce antique de façon directe et indirecte à travers les contacts avec la Grande-Grèce et par l’utilisation des techniques de l’architecture étrusque qui trouve elle-même son origine dans l’architecture grecque. Cependant, malgré une similitude architecturale entre ces deux empires, certains aspects de cet art restent tout de même différents. En effet, la forte densité de population des cités romaines et les problèmes de santé publique ont poussé les Romains à explorer de nouvelles méthodes de construction et à créer une architecture originale qui se détache des influences hellénistiques.

Ainsi, nous commencerons par comparer l’architecture des temples grecs à celle des temples romains. Puis, nous verrons les similitudes et les différences entre les théâtres grecs et romains.

I/ Les temples : le Panthéon et le Parthénon

Aujourd’hui, beaucoup de gens confondent Panthéon (temple romain situé à Rome,en Italie) et le Parthénon (temple grecque situé à Athènes, en Grèce). Cependant, au-delà de la différence géographique, ces deux monuments peuvent se différencier parla structure elle-même, que ce soit dans les matériaux utilisés ou l’architecture. En effet, le Panthéon, érigé entre 118 et 125ap. J.C., est principalement fait de béton,mais l’intérieur est revêtu de marbre importé d’Égypte, de Grèce, d’Asie Mineure et d’Afrique du Nord. La construction du Parthénon a duré environ 10 ans,entre -447 et -432 av. J.-C., et il a été principalement sculpté dans le marbre. De plus, leur architecture montre également certaines différences entre les civilisations grecque et romaine :

Parthénon (Athènes sur l’Acropole) :

Le Parthénon se base sur des méthodes architecturales de la Grèce classique, avec une recherche d’équilibre, de symétrie et de proportions harmonieuses. Il est entouré de colonnes doriques et possède une structure principalement rectangulaire. Les Grecs privilégiaient ainsi avant tout un aspect esthétique de l’extérieur des temples,considérés comme des demeures pour les dieux.

BIBRACTE 2026 21
Photo du Parthenon à Athènes

Panthéon (à Rome) :

Le Panthéon, quant à lui, montre les innovations techniques de l’architecture romaine. Contrairement aux temples grecs, il combine plusieurs formes géométriques, tels qu’un portique rectangulaire à colonnes corinthiennes et une grande rotonde circulaire couverte par une coupole d’environ 43 mètres de diamètre.Cette coupole, percée en son centre d’un oculus laissant entrer la lumière naturelle,représente un exploit technique pour l’époque.

BIBRACTE 2026 22

Les Romains accordaient ainsi davantage d’importance aux grands espaces intérieurs et aux exploits de construction,notamment grâce à l’utilisation du béton et des voûtes.

II/ Les théâtres : théâtre de Dionysos sur les contreforts de l’Acropole et théâtre de Pompée à Rome
Théâtre grec de Dionysos

Lors des représentations antiques l’espace théâtral s’organisait en deux espaces distincts qui tendront à s’effacer chez les Romains : l’orchestra, une aire circulaire avec en son centre l’autel rond de Dionysos,était réservée aux évolutions du chœur ; pour les acteurs, il y avait une longue estrade, haute d’un ou deux mètres et assez étroite nommée le proskenion ; entre les deux, quelques marches, permettant aux acteurs et au chœur de communiquer et d’échanger entre eux au cours de la représentation.

Les gradins pour les spectateurs étaient généralement adossés au flanc d’une colline : il s’agit du theâtron proprement dit (l’espace où « on regarde », du verbe theaomai) et il dessine un hémicycle autour de l’orchestra. Face au theâtron, dont il est séparé par des passages à ciel ouvert (parodoi) s’élève un bâtiment dont l’intérieur sert de coulisses et de loge avec le mur frontal servant de support au décor, ce qu’on appelle la skéné (décor représentant le plus souvent la façade extérieure du palais devant lequel l’action est censée se passer dans les tragédies).

Au Ve siècle, à l’époque où furent représentées les œuvres d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, ces constructions étaient en bois, édifiées temporairement à l’occasion des fêtes au cours desquelles avaient lieu les représentations théâtrales. Les plus anciens des théâtres grecs construits en pierre, conservés aujourd’hui, datent comme celui d’Épidaure (le mieux conservé) de la seconde moitié du IVe siècle.

Théâtre romain de Pompée

Dans le monde romain, les premiers théâtres sont constitués de simples tréteaux de bois en estrade (pulpitum) : ils sont démolis dès la fin de la représentation. Il n’y a pas de gradins pour les spectateurs qui assistent debout au spectacle (les gradins n’apparaissent qu’au IIe siècle avant J.-C., installés de façon toujours temporaire).

En 55 avant J.-C., Pompée inaugure à Rome le premier théâtre de pierre permanent -officiellement le parvis d’un temple de Vénus, bâti en arrière de l’hémicycle – avec une cavea pour les spectateurs (enceinte semi-circulaire contenant les gradins) : ils s’y installent selon leur rang social.

À la différence du théâtre grec antique, le théâtre romain est un édifice fermé, tandis que le théâtre grec offre aux spectateurs une vue sur le paysage environnant ; derrière la scène, un mur de scène ferme le théâtre romain et s’élève à la même hauteur que la cavea. Les théâtres les plus petits, appelés odéons, disposent d’une portion de toiture qui les ferme partiellement, d’où l’appellation latine de theatrum tectum (« théâtre couvert »).

Devant l’orchestra (réduite de moitié pour ne former plus qu’un demi-cercle), à faible hauteur, se dresse la scaena avec le proscenium (une longue estrade en planches, équivalent de la scène moderne), sur lequel les acteurs représentent la pièce devant un mur de scène en pierre, le frons scaenae. Celui-ci est très imposant ce qui permet de couvrir d’un velarium (voile) l’espace ainsi délimité pour le protéger du soleil. Le mur de scène peut atteindre jusqu’à trois étages avec des niches abritant des statues, et il est orné de colonnes en marbre, servant de décor permanent qui représente la façade d’un palais à trois ou cinq portes. La machinerie se trouve dans les sous-sols qui communiquent par des trappes avec l’espace scénique, et de part et d’autres se trouvent les vestiaires et les magasins d’accessoires.

En conclusion, même si l’architecture romaine s’inspire fortement de l’architecture grecque, elle a continué à développer ses propres méthodes afin de pouvoir s’adapter à l’environnement et aux besoins des romains à cette époque. Ainsi, que ce soit avec les temples ou les théâtres, l’architecture romaine reprend les bases grecques tout en les transformant grâce à de nouveaux matériaux, comme le béton, et à de nouvelles techniques de construction (murs de soutènement pour porter la cavea).

BIBRACTE 2026 24

Plus
d'articles

Engagé pour l’environnement : compensation de l’impact carbone de notre site internet En savoir +